Quels points communs entre ISR et Entrepreneuriat Féminin?

En réalité et tout simplement, nous pouvons affirmer que l’entrepreneuriat féminin est un secteur à part entière de l’ISR. Mais d’abord, pour comprendre quelles en sont les raisons, répondons à la question suivante :

Qu'est ce que l'ISR?

L’ISR, investissement socialement responsable, peut être défini comme un investissement en vertu de considérations écologiques, sociales ou de gouvernance d’entreprise, autrement dit, en vertu de considérations éthiques.

Il s’agit d’un investissement qui essaie de concilier performance et impact social et environnemental, en finançant des entreprises qui y contribuent.

L’ISR favorise ainsi une économie responsable.

Qu'est ce que ça donne en terme de chiffres?

Pour avoir une idée de ce que représente l’ISR en terme d’investissement, regardons ses chiffres et son évolution.

En France, l’ISR continue sa progression avec une augmentation annuelle de 29% de 2014 à 2015, pour atteindre 746 milliards d’euros d’encours selon Novethic, site spécialisé su l’ISR (rapport chiffres de l’ISR 2015 publié en 2016).

Et qui choisit ce type d'investissement?

Ceux qui investissent dans l’ISR sont ceux qui souhaitent donner du sens à leur épargne et qui souhaitent jouer un rôle responsable et positif dans les domaines de l’économie et du social.

Ils veulent investir éthique.

Il s’agit aussi bien d’individus que d’institutionnels. Ces derniers pourraient s’y intéresser par mécénat, pour leur image ou, par exemple dans notre sujet, par ce que l’entrepreneuriat féminin rejoint une cause qu’ils défendent.

Pour autre exemple, les grandes entreprises orientées services ou produits destinés aux femmes se trouvent parmi eux.

Il existe, également, des organismes comme Femmes-Business-Angels. Il s’agit d’un réseau dynamique de 80 femmes, créée en 2003, qui financent et accompagnent, dans la durée, les entreprises masculines comme féminines (LIAUTAUD, 2012)[1].

France-Active, un organisme d’aide à la création d’entreprise, accompagne aussi, financièrement, les entrepreneurs qui permettent de créer de l’emploi ou qui créent leur entreprise.

C’est le premier financeur des entreprises solidaires (LIAUTAUD, 2012).

Alors, pourquoi, l’entrepreneuriat féminin
serait un secteur à part entière de l’ISR?

En premier lieu, parce que l’entrepreneuriat
féminin est au cœur des priorités politiques.

Si nous regardons de plus près l’actualité française, comme à l’internationale, nous constaterons que l’entrepreneuriat féminin est un important enjeu économique et social.

En effet, la question de la femme dans l’emploi, dans l’économie, particulièrement, dans l’entrepreneuriat, ainsi que dans son rôle de facteur de croissance, fait l’objet de plus en plus de débats entre chercheurs, politiques, scientifiques et économistes.

De nombreux discours interpellent sur l’inégalité de la place de la femme dans ce domaine d’activité par rapport à celle de l’homme, D’ailleurs, un plan pour l’entrepreneuriat féminin a été lancé en France depuis 2013 pour faire passer le taux de celui-ci de 30 à 40% en 2017.

L’OCDE lui dédie des conférences internationales où il est question de proposer des directives et des priorités pour corriger les inégalités de l’entrepreneuriat, présentes presque dans tous les pays.

Pascale BOISTARD, secrétaire d’état chargée des droits des femmes en 2015, avait déclaré dans son interview chez BusinessWomen (Widoobiz.com, 2015) : « l’entrepreneuriat féminin est un chantier urgent que je veux faire avancer, c’est pour l’égalité entre homme et femme, il est important que le gouvernement s’engage pour que cela bénéficie au pays ».

Ensuite, parce que l’entrepreneuriat
féminin est un accélérateur de croissance.

L’étude de l’OCDE dévoile que les femmes impacteraient profondément l’économie, « par leur capacité à créer de l’emplois pour elles-mêmes mais aussi pour d’autres ».

L’OCDE estime que s’il y avait autant de femmes que d’hommes dans le monde du travail ou en tant que créateurs d’entreprises, la croissance en France verrait son taux augmenter de 0,4% par an, soit un taux de 9,4% sur 20 ans !

« Ces femmes font la France et elles vont la rééquilibrer » avait insisté Pascale BOISTARD lors de son interview (Business Women, Widoobiz, 2015). A ce propos, elle avait aussi affirmé dans son interview (Widoobiz, 2015) : « qu’en 2014, plus de 1800 entreprises ont été créées par des femmes et elles ont généré 2400 emplois ».

Egalement, parce que,
qui dit entrepreneuriat féminin
dit exigence féminine.

Les femmes nourrissent la performance de leur entreprise de par la nécessité qu’elles éprouvent à être performantes.

Des études montrent qu’elles sont plus exigeantes envers elles-mêmes car elles ressentent le besoin de prouver leur capacité à gérer leur entreprise et de gagner en crédibilité (Terrafemina.com et Institut Européen de journalisme, 2015).

Par conséquent, elles visent haut et se mettent plus de pression, ce qui leur permet ainsi d’être plus productives, plus rigoureuses et plus déterminées.

D’où l’affichage, souvent, de meilleures performances que leurs homologues masculins : ce qui représente un réel atout pour les investisseurs qui recherchent une productivité soignée.

De même, parce que la solidité financière de
l’entrepreneuriat féminin répond à l’éthique ISR.

Des études, ont permis d’établir un lien entre la proportion de femmes parmi les cadres et la solidité économique des entreprises (Mesdebats.com, 2009).

Ces études montrent que plus il y a de femmes cadres, et plus l’entreprise résisterait à la crise. Les femmes entrepreneures ont 30% de risque en moins de tomber en faillite par rapport aux chefs d’entreprises masculins.

C’est ce qu’atteste une étude sur les indépendants, personnes physiques durant les trois premiers trimestres 2014 (SNI syndicat neutre pour indépendants, 2014).

D’ailleurs, d’autres statistiques viennent renforcer cette idée. Les TPE masculines ont trois fois plus de procédures de liquidations judiciaires ou de redressement que les femmes (78% vs 22%), selon le magazine Le Point (2011).

La gestion prudente de la femme
entrepreneure y répond également.

Une étude réalisée par BPI France Le Lab (10 ans de création d’entreprises innovantes en France, la création au féminin, 2014), confirme cette prudence à laquelle est attachée la femme entrepreneure.

En effet, l’étude défend l’idée que si les femmes trouvent moins de difficultés que les hommes à trouver de gros investisseurs, cela peut s’expliquer par le fait qu’elles prévoient un financement moins élevé.

Elles établissent généralement une estimation plus réaliste de leurs besoins avec un prévisionnel de résultat plus pessimiste que les hommes.

Ainsi, elles font preuve de plus de prudence, une qualité encourageante, encore une fois, pour investir à leur côté.

Puis son aversion au risque aussi.

Les femmes sont plus prudentes que les hommes car elles aiment moins prendre de risques. L’enquête « Partimoine » de l’Insee[2] (2010), et reprise dans une étude du CAS (2013), donne quelques résultats à ce sujet.

Elle confirme une grande différence dans l’aversion au risque entre femmes et hommes. D’abord, sur l’échantillon interrogé, les entrepreneurs, que l’on soit un homme ou une femme, ont un goût plus prononcé pour la prise de risque que les non entrepreneurs.

Par contre, lorsque la comparaison est faite par rapport au genre, les femmes chefs d’entreprise, personnes morales aiment beaucoup moins prendre de risques que les hommes (17% vs 43%). C’est le même résultat pour les chefs d’entreprises, personnes physiques (18% vs 42%), (cf graphique n°2 ci dessous). 

outes ces études confirment une gestion d’entreprise, souvent, plus prudente et plus saine chez les femmes que chez les hommes ; un autre point fort qui devrait rassurer les futurs investisseurs et les inciter à participer à leurs projets.

Ceci montre un engagement fort de la femme entrepreneure, ce qui vient remplir une certaine éthique et ce pourquoi nous disons qu’il s’agit bien là d’un secteur à part entièrement de l’ISR.

Enfin, parce que l’entrepreneuriat féminin
a un style de management plus éthique.

La femme accorde plus d’importance à l’humain et à l’éthique que l’homme dans la gestion de son entreprise. Dans une étude réalisée par l’Institut CSA (pour KPMG, 2015), sur les femmes dirigeantes en France, il en ressort « qu’elles mettent une composante humaine et relationnelle plus forte » que les hommes, dans leur motivation à exercer leur fonction.

L’étude délivre les résultats suivants : la dirigeante accorde plus d’importance aux rapports avec les parties prenantes de l’entreprise que son homologue masculin (20% vs 11%).

C’est aussi le cas concernant le fait d’encadrer d’autres personnes (14% vs 6%). Et c’est aussi ce que révèle l’étude de BPI France Le Lab (2014) : l’élément humain est très important pour les créatrices d’entreprises car elles sont deux fois plus sensibles à la cohésion d’équipe que leurs homologues masculins.

Elles sont donc plus sensibles à la gouvernance d’entreprises que les hommes. C’est aussi ce que confirme l’étude annuelle sur la féminisation des conseils d’administration produite par l’agence de notation MSCI ESG Research (2014). L’agence a corrélé la féminisation et les risques ESG (environnement social gouvernance).

Il s’avère que les conseils d’administration mixtes sont moins concernés par les scandales de gouvernance comme la fraude, la corruption ou les conflits d’actionnaires.

Cela atteste qu’investir et s’engager au côté de celles-ci permet d’investir son argent pleinement dans un investissement éthique dit ISR.

Participer au financement d’une entreprise féminine équivaut à donner sa part de contribution à la société. L’épargnant, en recherche d’investissement éthique, se sentira comblé en jouant ce rôle d’acteur économique et social auprès de ces femmes.

Autant de démonstrations qui illustrent bien que l’entrepreneuriat au féminin appartient au domaine éthique et par conséquent de l’ISR.

Vous savez donc ce qu’il vous reste à choisir maintenant pour vos prochains investissements. Visez ISR, visez Entrepreneuriat Féminin, que ce soit en France ou ailleurs dans le monde.

Hassna CHAOUKI

Extrait de mémoire « Proposition d’un modèle d’investissement conforme à la finance islamique en faveur de l’entrepreneuriat féminin en France. »

2016 – Executive Master Principes et Pratiques de la finance islamique, Université Paris-Dauphine.

[1] Entreprendre au féminin mode d’emploi, M. LIAUTAUD et al., 2014

[2] L’entrepreneuriat féminin, archives.stratégie.gouv.fr, 2014

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